L’ARNAQUE
L’ordre, donné à la GRC et aux services secrets de l’information du Canada venait de haut, du bureau du premier ministre du Canada lui-même : il fallait retrouver tous les ex-felquistes et s’assurer qu’aucun ne remplisse de fonction sociale importante ou milite toujours pour la cause de l’indépendance du Québec. Si c’était le cas, il fallait sans faute trouver moyen de les inculper dans un quelconque crime.
Le but de cette opération était de prouver comme en 1970 que le Parti Québécois, un parti politique démocratique favorable à l’indépendance du Québec, comptait des membres qui ont déjà cru dans l’emploi de la violence pour le triomphe de leur idéal. On voulait pouvoir resservir l’accusation d’être un parti politique sali par le terrorisme de certains de ses membres.
L’opération était née pour deux raisons : la réception récente d’un communiqué du Front de Libération du Québec, en Abitibi, en réponse à la provocation raciste des radicaux anglophones de Montréal, communiqué probablement inventé par la GRC elle-même, et la possibilité de renforcer ainsi leurs accusations de fascisme contre le milieu nationaliste francophone.
Le fédéral voulait prouver à tous les pays du monde que le Canada est un pays tellement démocratique qu’il permet aux sécessionnistes de s’exprimer à l’intérieur même de ses institutions, mais en même temps, il devait provoquer les radicaux sécessionnistes de façon à justifier l’emploi de l’armée contre ces derniers dans l’éventualité où un référendum entérinerait la décision du Québec de devenir un pays. Faute de felquistes, puisque ce mouvement est mort dans les années 1970, la GRC devait en inventer…
À Val-d’Or, Charles Denis était la cible idéale : il était soupçonné d’être un ex-felquiste et il s’acharnait (même s’il était contesté de l’intérieur, sous prétexte qu’il était trop radical) à travailler à la cause de l’indépendance. Il avait même fait parvenir une lettre au premier ministre du Canada, affirmant que de déclarer illégale la sécession du Québec, c’était une incitation à la violence. Pour lui, ce procédé du fédéral revenait à appeler les Québécois à devoir prendre les armes, si jamais ils persistaient dans leur rêve. Mais, cela ne suffisait pas. Comment et pourquoi l’incriminer ? Il fallait de toute évidence et rapidement le « frémer », comme on dit dans le jargon policier…
Ce n’était pas facile bien que Charles eut deux handicaps fondamentaux pour s’intégrer à la société : c’était un vrai radical de la liberté, de la non-violence et un libre-penseur. En d’autres termes, un «peace and love» authentique qui rêvait d’un pays dont la devise pourrait être «Vivre et laisser vivre».
Sa conception de la vie tenait à son penchant naturel à l’anarchie…« Si Dieu, pensait-il, a créé l’homme libre, qu’il a puni Satan qui contestait ce droit, c’est qu’il refuse que la morale soit dictée par les autres en son nom. Par conséquent, la liberté est le besoin le plus fondamental de l’homme, un élément aussi indispensable pour l’individu qu’aimer et être aimé.»
Pour Charles, l’anarchie n’était pas le chaos, mais plutôt d’avoir atteint un tel degré de responsabilisation qu’un individu n’a plus besoin de lois pour lui dire comment agir. « La vraie liberté est celle qui se veut responsable de la réalisation et du bonheur de la race humaine, en se réalisant soi-même au maximum au profit de l’homme.» Il était viscéralement contre le capitalisme sauvage, car dans ce système, on ne craint pas de tuer hommes, femmes et enfants pour le profit. Quand on a l’argent et le pouvoir comme seules raisons de vivre, on n’hésite pas à fomenter des guerres pour parvenir à ses fins. Bien des pays d’Afrique en était un exemple cuisant.
Charles était aussi amoureux de la vie, confiant dans l’évolution humaine, il était convaincu qu’il fallait toujours combattre la violence de la pauvreté et du pouvoir. En somme, un poète engagé devenu un homme d’affaires généreux.
Pour gagner sa pitance, Charles avait créé une firme d’import-export très prospère, ce qui lui permettait à l’occasion de venir en aide à des familles dans le besoin. Il savait que les systèmes communistes et capitalistes sont finalement la même idéologie, issus des mêmes créatures qui rêvent d’un gouvernement planétaire, d’où toutes ces formes de mondialisation inventées pour rendre l’homme de plus en plus pauvre et esclave de la finance internationale.
Il savait aussi qu’en tant qu’individu, même le plus instruit, il ne pouvait rien faire, car la lutte à l’exploitation de l’homme par l’homme ne sera possible que dans un contexte de solidarité mondiale quand l’Homme sera plus important que les profits. Quand tous les pauvres de la planète refuseront de consommer au-delà des besoins de la survie, que la guerre qui permet au système économique de survivre sera impossible, faute de combattants.
Un autre élément sans doute très important pour le système était que depuis trois ans, Charles vivait avec Stéphane, un jeune anarchiste de 19 ans.
Les policiers pensèrent d’abord (ils n’auraient jamais pu faire autrement, ayant toujours par déformation l’esprit tordu) qu’il serait possible de prendre Charles Denis dans une histoire de moeurs. Pour les policiers comme pour les travailleuses sociales de la DPEJ, cette nouvelle gestapo de la morale conventionnelle, il est impossible pour un adulte de vivre avec un adolescent, sans que ce dernier soit exploité sexuellement. Leur point de vue est tellement vicieux que toute générosité est suspecte, voire criminelle. Ces nouveaux curés s’imaginent que tous les enfants en contact avec un adulte sont potentiellement en danger. Des malades.
Cette avenue semblait prometteuse, car quand il s’agit de crime à caractère sexuel, le système est tellement fasciste qu’il ne respecte même pas ses propres règles de droit. Ainsi, tu peux tuer et être présumé innocent, mais dans le cas d’une relation entre un jeune et un adulte, l’accusé est présumé coupable en partant. Dans ce cas, à cause des préjugés sociaux, de l’âge mental de la masse quand il s’agit d’émotions, même la Charte des droits peut être transgressée : plus de droit à l’orientation sexuelle, plus de droit à la vie privée, même plus de droit de dénoncer cette situation ou d’en parler favorablement en tant que pédéraste, d’où l’abolition de la libre expression. Pédéraste, tu es condamné à être pourchassé, à ne pas avoir droit à ta réhabilitation, en d’autres mots, tu es condamné à la mort sans que l’on ait le courage de t’abattre.
La police et la gestapo que constitue la DPEJ sont devenus les curés de l’Inquisition moderne, au nom de la protection des enfants. Une surprotection qui ne voit qu’un côté de la médaille.
Les procès sont « hollitisques », c’est-à-dire que les préjugés sont tels que même si tu es innocent, tu es condamné parce que la pensée populaire ne croit que la version de la prétendue victime, malgré les dangers qu’engendreront socialement et en violence cette surprotection…surprotégé un enfant difficile, c’est le meilleur moyen de le corrompre… C’est en fait rendre l’amour illégal pour un certain groupe d’exclus qui condamnent avec autant, sinon plus de véhémence, toutes formes de violence faite aux enfants.
Comment peut-on encore aujourd’hui accepter, excepté là où il y a violence, que la police puisse encore de nos jours, intervenir dans des affaires de moeurs ? Quelles économies ce seraient que de démanteler toutes les escouades de la moralité, de cesser de subventionner tous les mouvements fascistes féministes comme DAssault sexuel secours au lieu de couper dans des services essentiels, telle l’éducation et la santé ?
Faute de motif pour intervenir contre Charles Denis, la police se servit d’un indicateur pour tâter le terrain, en invitant Stéphane à boire. La soirée ne laissait aucun doute : Stéphane ne dénoncerait jamais Charles, car il était viscéralement hétérosexuel et il ne croyait pas, comme on force les jeunes à le croire, qu’une expérience homosexuelle fait de toi automatiquement un homosexuel. « Charles ne m’a jamais touché. Et, ce qu’il fait ne me regarde pas.», avait-il affirmé.
Stéphane maintint tout au long de la soirée que s’il n’avait pas connu Charles, il serait sûrement encore en prison et encore plus sûrement mort. En l’endurant, tout en essayant de l’amener dans une meilleure voie, Charles lui avait permis de comprendre l’artiste qui sommeillait en lui, à reprendre confiance dans ses forces et tenter d’oublier ce qui reste toujours des erreurs de jeunesse.
Par ailleurs, l’indicateur de police apprit que Charles acceptait parfois de fumer du pot avec Stéphane et ses amis. C’était là le seul moyen d’accuser Charles Denis.
Le samedi, le même indicateur, un certain Paolo Shit, fixa rendez-vous avec Stéphane et Charles. Ils devaient toute la soirée prendre bière sur bière.
À la fin, Paulo avait su gagner autant la confiance de Charles que de Stéphane. Il leur fit part de ses problèmes à ranger ses meubles en entreposage pour quelques jours, le temps de trouver un nouvel appartement. Évidemment, Charles, toujours prêt à aider les autres, l’invita à les placer chez lui. Même s’il partait pour les Indes, Stéphane pourrait lui indiquer où les placer.
Deux jours plus tard, la police se pointait chez lui, saisissait des tableaux, des films et surtout les meubles de Paulo, bourrés de cocaïne.
Stéphane fut traumatisé par cette perquisition et cette saisie. La surprise était d’autant plus grande qu’il faisait alors l’amour avec Micheline, une situation miraculeuse survenant à un moment où il en sentait un très profond besoin, comme chez bien des adolescents.
Même s’il brava les policiers, Stéphane en avait une peur bleue. Il savait que ceux-ci sont capables de tout pour obtenir des aveux. Plus jeune, Stéphane n’avait-il pas été battu par les policiers qui lui disaient ensuite d’aller se faire consoler par son vieux en se faisant manger la bitte par lui ?
Stéphane avertit aussitôt Monique, la petite amie de Charles, de cette intrusion policière et des accusations que l’on portait contre lui.
Monique en saisit Charles et lui demanda de revenir vite pour se défendre. A son arrivée, Monique était tellement convaincue que Charles était coupable « la police avait, disait-elle, trouvé de la cocaïne dans ses meubles » qu’elle lui suggéra de plaider coupable. Évidemment, Charles s’y refusa. Il était innocent et il ne se condamnerait pas lui-même au nom de je ne sais quel masochisme.
Charles se rendit au poste de police en compagnie de son avocat. Comme il était entendu, il ne dit absolument rien, ce qui est bien frustrant quand tu payes une fortune pour garder ta liberté.
Le policier l’avisa qu’il devait analyser la preuve avant de décider avec le procureur s’il y aurait poursuite. Pour Charles, cela signifiait que la police et le procureur analyseraient s’il y avait moyen de faire plus d’argent avec cette cause…Charles croyait que le système judiciaire était profondément pourri et que souvent les causes étaient étirées pour permettre aux juges et avocats de se faire plus d’argent.
Le temps passa. Aucun signe de vie. Charles en conclut que tout était entré dans l’ordre. Lors d’un souper, il dit à ses invités qu’aux yeux de la police, seul Paolo ainsi que Stéphane pouvaient l’inculper dans cette histoire de drogue… Il n’y avait aucune autre preuve.
S’il est vrai que Charles avait déjà à l’occasion fumer son joint avec Stéphane, il était tout aussi vrai que jamais il n’avait ni même songé, ni même fait le commerce de drogues en se servant de son commerce comme couverture, ce dont on l’accusait… Pour lui, le commerce de drogues dures équivalait à l’assassinat pur et simple des jeunes. « Le meurtre des cerveaux ».
À Val-d’Or, la police fermait les yeux sur ce trafic écoeurant d’où, avec l’homophonie de cette région, la croissance de la schizophrénie et des suicides chez les jeunes. On prétendait même que la guerre des gangs – punks, yo et skinheads – avait été résolue, en fournissant aux in désirés toute la drogue qu’ils voulaient de manière à ce qu’ils s’éclatent tellement qu’ils en crèvent ou se suicident. C’est une façon facile de s’en laver les mains…une façon moins dangereuse … et qui fournit de bien plus belles statistiques…
Charles était loin de penser que cette affirmation à l’effet que Stéphane était le seul témoin incriminant le troublerait à ce point.
Ce dernier s’était passablement réhabilité depuis trois ans. Plus de vols, plus de bagarres. Stéphane s’était même mis à la poésie. Sa vie d’artiste était bien engagée. Charles se fichait bien que Stéphane ait encore besoin de lui financièrement. Il savait qu’au Québec les écrivains crèvent de faim, à moins d’être du petit groupe de privilégiés qui raflent toujours toutes les bourses et adorent les féministes. Il aimait profondément Stéphane, admirant les efforts qu’il faisait pour se réhabiliter.
Un samedi après-midi, Stéphane fut invité chez un ami à un party.
Stéphane se contenta de boire de la bière alors que les autres profitaient de la dernière livraison de PCP. Pourtant, à la fin de la soirée, Stéphane perdit complètement la carte.
Manipulé par la drogue que l’on avait jeté dans son verre et les conversations qui portaient bizarrement sur le FLQ, Stéphane se mit à croire que Charles était, comme le disaient certains, un traître à l’indépendance du Québec puisqu’il était felquiste. On sait que d’ici le prochain référendum, il faut être de la GRC ou du moins complice avec le gouvernement fédéral pour essayer de faire renaître le FLQ de ses cendres. Sans violence, le fédéral ne peut pas militairement occuper le territoire québécois sans démasquer son esprit fasciste à la face du monde entier. Puisqu’on parlait faussement de Charles comme un felquiste actif, celui-ci devenait automatiquement un ennemi du Québec.
Stéphane complètement givré se précipita au restaurant DEL où Charles s’était rendu souper avec Monique. Stéphane avait décidé de lui faire la peau.
À l’intérieur du restaurant, Stéphane se précipita vers la table de Charles, armé d’un couteau. Des usagers conscients du danger le saisirent. Stéphane criait à Charles ahuri : « Viens, mon Christ, je vais te faire la peau. Sale traître ! Tu es avec les Anglais. Je vais te tuer.»
Évidemment, la police fut mandée sur les lieux. Stéphane, en pleine crise, essaya de se défendre et frappa accidentellement un des policiers. Stéphane fut amené au poste et les policiers exigèrent que Charles s’y rende aussi afin de déposer une plainte de tentative de meurtre, ce à quoi se refusa Charles par amitié pour Stéphane.
Stéphane fut enfermé dans une cellule. A son arrivée au poste, Charles entendait les cris de son jeune protégé ainsi que le bruit qu’il faisait en se tirant dans les barreaux de la porte de sa cellule.
Charles savait que les drogues dures affectaient la santé mentale de Stéphane. Ce dernier était presque mort d’une overdose auparavant, overdose qui avait engendré un début de crise cardiaque.
Charles paniqua devant le refus des policiers de conduire Stéphane à l’hôpital. C’était intolérable pour lui de penser que Stéphane puisse se tuer. Il retourna chez lui en pleurant. Que faire devant la stupidité d’un système qui se fiche que n’importe qui se tue en autant que les preuves recherchées soient obtenues.
Devant la brutalité de la souffrance de Charles, Monique décida d’intervenir auprès des services de santé pour lesquelles elle travaillait. Elle obtint le transfert de Stéphane à l’hôpital.
Toujours grisé, Stéphane déguerpit deux heures après son entrée. Allait-il recommencer ses menaces ?
Quelques minutes plus tard, Stéphane téléphona chez Charles. Il le menaçait et lui demandait de se présenter au poste de police avec la somme et ses aveux. Charles abasourdi, entra en communication avec Bernadette, la mère de Stéphane, dans l’espoir de trouver là un certain secours.
Avant même que Bernadette n’arrive chez lui, Stéphane se pointait chez Charles. Il lui annonça qu’il le quittait parce qu’il ne voulait pas se faire tuer. Stéphane quitta la maison, apportant tous les couteaux. « Ainsi, tu ne pourras pas me tuer », dit-il à Charles.
– Mais qui t’a mis des histoires de fou de même dans la tête ?
– Les femmes le disent. Tu es un dangereux criminel. Tu veux séduire toutes les femmes pour ensuite pouvoir tuer tous leurs garçons et prendre le contrôle de l’univers. Tu es l’anti-christ.
Stéphane n’avait pas quitté la maison que Bernadette fit son entrée. La discussion porta longtemps sur l’état de la santé mentale de Stéphane. Il était aussi allé chez sa mère la menaçant puisque, selon lui, elle appuyait Charles dans son plan pour le tuer. Stéphane essaya même de se tuer, car, quand il revenait lucide, il regrettait ce qu’il avait fait contre Charles…
Charles et Bernadette entreprirent en vain des démarches en vue de forcer Stéphane à être soigné. Ils ne voulaient pas le faire enfermer à vie, mais lui sauver la vie. L’aider avant qu’il ne soit trop tard. Mais, les médecins le considéraient sain.
– Comment peut-il être sain d’esprit, demanda Bernadette, quand chez moi il prétendait que l’armée avait envahi la ville, que les martiens étaient débarqués ?
Ils en vinrent à se demander si le corps médical n’était pas plus fou que lui puisqu’il prétendait que Stéphane tenait un discours cohérent. Ou était-ce que les médecins trempaient dans le complot pour se débarrasser de Charles? Cela était tellement gros, invraisemblable…
Charles et Bernadette étaient révoltés d’entendre les infirmières affirmer qu’elles ne pouvaient rien faire tant que Stéphane n’aurait pas tué Charles ou quelqu’un d’autre ou qu’il se soit suicidé. Les infirmières prétendaient qu’à cause de la drogue et de la violence, il s’agissait d’un cas relevant de la police et non de l’hôpital alors que la police prétendait qu’elle ne pouvait rien faire sans avoir une plainte pour tentative de meurtre. Charles savait très bien que de porter une telle plainte équivalait à tuer Stéphane, ce qu’il refusait de toute son âme. Quitte à ne jamais pouvoir s’en sortir.
– Faut-il être malade pour attendre de tels événements avant d’intervenir ? s’ offusqua Charles. « La prévention, ils ne connaissent pas cela ? »
Pour Charles, les services de santé mentale étaient encore plus malades que Stéphane. Il était évident que Stéphane se sentait pris au piège : il se croyait harcelé et menacé de mort par la police s’il ne dénonçait pas Charles, et, d’autre part, il croyait que Charles voulait le tuer puisqu’il était le seul à pouvoir le faire condamner. Par respect pour Stéphane et comprenant sa douleur, Charles permit à Stéphane de rencontrer les policiers chez lui, même s’il savait que c’était pour le dénoncer. « Du moins, pensa-t-il, il n’aura plus cette peur et ne tentera plus de se tuer…tant pis si je dois faire de la prison.
Le harcèlement policier, l’agent double, tout concordait à une seule thèse : le complot politique. Ne fallait-il pas être plus sale que la saleté pour accepter de risquer la vie d’un jeune afin de l’épingler, lui, Charles Denis ?
Deux jours plus tard, Stéphane lui demanda de réintégrer la maison. Charles accepta puisqu’il savait que Stéphane n’était pas responsable de ses gestes.
Dès lors, les rapports avec Monique changèrent. Elle était plus distante. Elle voulait partir vivre sa vie. Cela intriguait Charles. « C’est dans le malheur, dit-on, que tu reconnais tes vrais amis. »
Charles n’était pas homme à lui en vouloir : on impose pas sa peine aux autres. Il accepta à regrets la décision de Monique.
Cette séparation le blessa plus qu’il ne l’ait prévu. Il était offensé de l’acharnement que l’on mettait à le détruire, lui qui avait toujours essayé de venir en aide aux autres. Il souffrait de l’absence de Monique.
Un matin, il se rendit prendre son éternel café au restaurant. Il était seul. Deux personnes discutaient de l’autre côté d’un demi mur. Il reconnut la voix de l’agent double Paolo et, à sa grande surprise, la voix de Monique.
– Non, disait-elle, je ne regrette pas d’avoir coopéré avec toi. Tu es celui que j’aime le plus sur cette terre. Pour t’aider, je ferais n’importe quoi. J’irai témoigner contre Charles. Il n’a que ce qu’il mérite.
– Il risque des années de prison pour un crime qu’il n’a jamais commis.
- Ça ne change rien. Ça lui montrera que je ne suis pas qu’un objet sexuel. Il ne m’aime pas. Heureusement que je t’ai découvert, sinon je n’aurais jamais connu l’amour.
– Tu le condamnes par amour pour moi ?
- Oui et non. Mais c’est surtout parce que je ne lui pardonnerai jamais comme femme qu’il m’ait ainsi humilié.
– Humilié ?
- Certes. Il a toujours aimé Stéphane plus que moi. Maintenant, il va me le payer.
Et, on le sait…la recherche du pouvoir et la vengeance des femmes sont insatiables…
